Cododo, lit à barreaux et lit au sol : que choisir ?

Le lit à barreaux : ami ou ennemi ?

Si tu pensais qu’un lit à barreaux était le matériel de base à avoir pour accueillir un bébé, cet article va sans doute t’ouvrir les yeux sur différentes manières de faire, et pourquoi pas, changer ta vision du sommeil !

En matière d’aménagement des espaces de sommeil, la France, et de nombreux pays occidentaux font figure d’exception : dès que possible, parfois dès la naissance, le bébé est installé dans un lit à barreaux dans sa propre chambre (avec un moniteur de surveillance branché en permanence). Mais si on regarde dans le reste du monde, on constate que les pratiques sont très différentes, et que non seulement les bébés dorment avec leurs parents dans le même lit (et en plus : à l’heure où tout le monde va se coucher, pas 3 heures plus tôt), mais c’est aussi le cas des frères et sœurs. Un véritable cododo familial ! Ce système a des avantages indéniables en matière de sommeil de l’enfant. C’est ce qu’on va voir dans cet article. Pour autant, toutes les familles ne sont pas disposées à pratiquer le cododo pendant des mois ou des années, et il existe heureusement d’autres installations tout à fait respectueuses des besoins de l’enfant. Nous verrons cela également.

1. Le cododo

Souvent, assez spontanément, les parents dorment en cododo (c’est-à-dire partager le même lit ou la même chambre) avec leur nourrisson à la maternité et au retour à la maison. Au fil des semaines ou des mois, pour diverses raisons, les parents décident de placer leur enfant dans sa propre chambre (ou la chambre de la fratrie). Dans d’autres familles, le cododo dure des mois voire des années. Je n’émets ni avis ni opinion sur les pratiques des familles car je pense que cela relève de choix personnels. Cependant, j’ai quelques petites informations à partager qui pourraient aider à prendre une décision 😉

  • D’abord, dormir avec son enfant jusqu’à ses 5 ou 6 ans (ou plus), c’est l’accompagner jusqu’à ce qu’il soit réellement autonome dans le sommeil. Les réveils nocturnes se gèrent plus facilement, car l’enfant n’a pas besoin d’appeler longtemps ses parents : il suffit de tendre le bras pour avoir un câlin. En matière de confort et de sécurité affective, on ne fait pas mieux 🙂
  • Ensuite, il faut garder en mémoire que traditionnellement et dans de nombreux pays, le cododo se pratique tout naturellement, et que la séparation de l’enfant de ses parents la nuit en France est avant tout culturelle, et notamment prônée par Françoise Dolto et la psychanalyse freudienne :

« L’enfant devrait toujours coucher dans une autre pièce que celle des parents, avec la porte fermée. Cela dès l’âge de 6 mois au plus tard. On éviterait ainsi la plus importante cause de « nervosité » chez l’enfant » (Dolto, 1971, p. 49)*

Voilà voilà. C’est ce qu’elle nous dit dans sa thèse de doctorat (Psychanalyse et pédiatrie). La « nervosité » dont elle parle est sexuelle (Bonjour Freud). Quand on voit la force avec laquelle Dolto a changé le rapport aux enfants (et très souvent en bien !), ce type de recommandation a également eu beaucoup de poids. Mais gardons en tête que ces pratiques sont loin de faire l’unanimité dans le monde entier, il suffit de regarder ce qu’il se passe ailleurs…

Dans son tour du monde, Mike Horn (oui je sais, super référence) a testé des dortoirs communs à Bornéo, « véritable nid humain » (Latitude zéro, 2001, p. 210). Dans son livre Comment les Eskimos gardent les bébés au chaud (2012), Mei-Ling Hopgood parcourt une multitude de cultures pratiquant le cododo et qui parviennent « à accorder harmonieusement vie sociale et sommeil » (p. 33)

  • Enfin, est-ce que ça n’est pas super beau de voir les installations de lits familiaux ? Sans compter qu’en voyage, il n’y a pas besoin de penser au lit parapluie 😉

Remarque : des consignes de sécurité sont à respecter dans la pratique du cododo. J’en ai parlé dans cet article.

2. La chambre séparée

Certains parents ne veulent pas, ou ne peuvent pas, pratiquer le cododo. Ils placent donc leur enfant dans une chambre séparée, soit individuelle, soit la chambre de la fratrie. Voici quelques informations sur ce mode d’organisation.

D’abord, partager une chambre en frère et sœur favoriserait la bonne entente des fratries. Ce n’est pas négligeable :-).

Si des enfants d’âge différent cohabitent dans la même chambre, il faut veiller à la sécurité de chacun, et notamment des plus petits (voir également des consignes de sécurité dans cet article ).

Dormir dans une chambre individuelle, sombre et silencieuse, avec un lit douillet est souvent la norme chez nous. On pense qu’offrir un environnement « isolé » permet de se ressourcer pour affronter la vie haute en couleurs, bruits et odeurs, du quotidien.

Cododo : la meilleure solution ?

A la lecture rapide du début de cet article, on pourrait être tenté de penser que le cododo est LA solution idéale et que tous les parents devraient le pratiquer. J’aimerais apporter une nuance et une réflexion là-dessus. Il est vrai que la France fait figure d’exception avec l’arrêt prématuré du cododo. Mais finalement, c’est « ancré » dans notre nouvelle culture. Que les parents qui souhaitent le pratiquer le fassent parce qu’ils sont convaincus que c’est la bonne chose à faire, pour eux et pour leur enfant. C’est la seule bonne raison de le faire. Il ne faut pas que les parents se forcent à faire du cododo s’ils le font sous la pression sociale. La décision doit venir de nous-même. Pourquoi ? Pratiqué pour de mauvaises raisons, le cododo pourrait favoriser les réveils nocturnes (Breil et al., 2010)* (les nuits sont souvent hachées, par des quintes de toux, des pleurs d’enfants, des réveils brefs, mais aussi des rendormissements plus rapides). Il semble « simplement » qu’on en sache pas encore assez sur le sommeil pour trancher en faveur d’une meilleure solution. Il n’y a pas de conseil biologique à donner. Certains enfants s’endormiront mieux dans le calme, d’autres mieux dans les bras de leurs parents, et d’autres encore dans « l’agitation », au milieu du reste de la famille. C’est le cas de nombreux petits Argentins qui aiment plus que tout profiter des soirées avec leurs parents « jusqu’au bout » (Mei-Ling Hopgood). Il n’y a pas de modèle unique et universel, gardons-nous de juger les autres et regardons ce qui « nous parle » et ce qui nous convient.

3. Lit à barreaux ou lit au sol

Pour Maria Montessori, le lit de bébé à barreaux représente une aberration, une sorte de prison, créée par des parents pour leur faciliter la vie à eux au détriment des besoins du bébé. L’enfant placé dans le berceau 1) n’a pas choisi d’y être, 2) ne peut pas en sortir seul quand il est reposé. Pour le parent, c’est « confortable » car c’est un endroit sécurisé dans lequel placer bébé quand on ne s’en « occupe » pas. De plus, en cas d’endormissement compliqué, on peut le laisser dedans, il ne risque pas de « s’échapper ». (C’est un peu le même principe que les parcs dans lesquels on place les enfants).

En outre, l’endormissement est plus complexe avec un berceau qu’avec un lit au sol. Dans un lit au sol, on peut s’allonger avec bébé jusqu’à ce qu’il dorme et partir ensuite. Dans un berceau, s’il s’endort dans les bras, il faut réussir la prouesse de le déposer sans qu’il se réveille.

Un lit au sol est très simple à mettre en place : un matelas de la taille que vous voulez (taille bébé, taille adulte, ou même matelas 2 places). Si l’enfant est tout jeune et qu’il aime être « contenu », on peut « raccourcir » le matelas en plaçant des coussins (fermes) pour délimiter l’espace de sommeil. Penser à mettre un sommier sous le matelas (véritable sommier, palettes, planche de bois percée, tatamis et futon…), sinon il risque de moisir rapidement.

Lorsque le lit est au sol, l’enfant peut donc y aller seul quand il est fatigué et en sortir au besoin. L’avantage est bien sûr de favoriser l’autonomie de l’enfant, puisqu’il peut décider de rester dans son lit ou d’en sortir. Le matin, c’est très pratique aussi, car il peut se lever et jouer seul, ce qui permet aux parents de dormir quelques minutes (heures ?) en plus (qui n’en rêve pas ?).

En pratique, les problèmes qui se posent sont : 1) l’enfant se couche très tard, 2) il ne reste pas dans le lit quand on quitte la pièce. Une solution est parfois de fermer la porte de la chambre (que l’enfant n’arrive pas à ouvrir). Bon, si on place un lit au sol pour favoriser sa mobilité et son autonomie et qu’on ferme la porte de sa chambre pour pas qu’il en sorte, on peut se demander si c’est cohérent… Et c’est vrai, qu’au moins au début, ton enfant aura peut-être envie de goûter à sa nouvelle liberté en sortant de son lit pour jouer. Il suffit d’être prêt.

Anecdote perso : quand notre fille de plus de 2 ans est passée dans un lit au sol, on a connu cette phase de « je ressors de mon lit pour jouer, et au passage j’allume toutes les lumières de la chambre ». Je n’ai pas voulu de cette situation, car je savais ma fille fatiguée. Alors, inlassablement (ou presque), quand elle sortait de son lit, je l’y reconduisais dans le calme (ou presque) pour lui expliquer que c’est l’heure de dormir. A plus de 2 ans, le message est passé vite, en 2 ou 3 semaines d’essais-erreurs.

Avec un lit au sol, la question de la sécurité est fondamentale : la chambre de l’enfant doit être parfaitement sécurisée, et s’il est capable d’en sortir seul, tout le reste du logement doit aussi l’être. Ce point peut compliquer les choses…

Le coin sommeil est fait pour dormir

Lit à barreaux ou lit au sol, l’espace sommeil doit être épuré, sain et ne pas contenir de jouets ou distraction. On ne met pas de mobile au dessus du lit de bébé (l’espace éveil est là pour ça), on ne met pas de jouets dans son berceau. Le lit est fait pour dormir et doit être associé au repos pour l’enfant (pas à un jeu, ça risque de créer une confusion à terme).

Au final…

Pour le choix du type de lit, il faut donc considérer ces questions de sécurité ainsi que celles des habitudes de sommeil. Si tu crains que ton enfant ne se « couche jamais », le lit au sol n’est sans doute pas la meilleure solution pour toi (certains enfant se réveillent en pleine nuit et se mettent à jouer, pensant que c’est le matin. Vécu.). Tu peux utiliser un lit à barreaux temporairement et réessayer plus tard. Si tu choisis de faire du cododo, je ne peux que t’encourager, mais je crois sincèrement que ça ne doit pas être une situation par dépit ou forcée.

Et chez toi, c’est comment ? Le cododo te tente ? Et tu te sens prêt-e à tenter le lit au sol ?

Et chez moi, c’est comment ?

Selon moi, le « meilleur combo » est cododo dans un lit familial au sol : plus d’autonomie, réassurance aisée lors des réveils nocturnes… Mais pour différentes raisons, chacune de nos filles a une chambre personnelle, et la plus jeune (18 mois) dort encore dans un lit à barreaux. Tout l’inverse quoi 😉 Et oui ! Et tout se passe formidablement bien, merci.

A chaque réveil nocturne, je vais voir mes filles dans leur chambre. Ça me demande plus d’effort que si on dormait ensemble, mais c’est mon problème et ça ne me dérange pas.

* Retrouve les références citées en bibliographie.

5 réflexions sur “Cododo, lit à barreaux et lit au sol : que choisir ?”

  1. Martine à la plage

    Très intéressant l’article!
    Mais une question me semble trop souvent oublié quand on parle de cododo : quid de l’intimité des parents ? Pour les câlins, les échanges au moment de se coucher , etc.

    1. Effectivement, bonne question, celle de l’intimité des parents. Pour les familles pratiquant le cododo, les parents font tout simplement preuve d’originalité et d’inventivité ;-). Et le reste du logement est disponible… Je dis ça je dis rien…
      Sinon, les enfants ayant l’habitude du cododo ne se réveillent pas nécessairement lorsqu’une petite lumière est allumée pour lire ou que des voix chuchotent à côté d’eux. C’est vraiment tout une façon de vivre différente de celle « conventionnelle » que l’on connaît généralement.
      Et c’est chouette aussi de vivre des choses nouvelles et différentes. Qu’en dis-tu ?

  2. Que des gens puissent dormir avec leur bébé dans leur lit, je trouve ça teeeeeellement risqué

    C’est d’ailleurs une pratique qui est contre-indiquée par les services de santé français (« Vous pouvez aussi prendre votre enfant dans votre lit pour un moment (tétée, soins, réconfort). Toutefois: recouchez le bébé dans son propre lit avant de vous rendormir »Ameli.fr)

    1. Ce que tu dis est un sentiment largement partagé, d’autant qu’il est effectivement relayé par certains professionnels de santé et de nombreuses autres sources pseudo scientifiques.
      Néanmoins, il n’y a aucune étude qui montre que le partage de lit entraîne davantage de MSN (mort subite du nourrisson) si les conditions de sécurité sont respectées..
      Et c’est le point fondamental. Il y a des règles de sécurité à respecter (j’en parle ici (elles sont d’ailleurs en grande partie valables même quand le bébé dort dans un lit séparé).
      Lorsque ces règles sont respectées, il n’y a pas de risque supplémentaire. Par contre, les bienfaits sont nombreux, pour le bébé, pour le parent et pour leur relation.
      Voici une étude de l’UNICEF d’octobre 2019 destinée aux professionnels de santé qui montrent qu’en expliquant aux parents les règles de sécurité, 90% des MSN en partage de lit seraient évitées, et qu’au niveau global de MSN (qui touche 0,03% des naissances), environ 50% concernent des bébés en cododo (et donc 50% pas en cododo – données d’octobre 2019). Il est donc très clair qu’on ne peut rien conclure qu’en aux dangers du partage de lit.

  3. Ping : Le matériel de puériculture pour accueillir bébé : mes indispensables (et les autres) – Une enfance au naturel

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